Les Petits Métiers : Atelier Pi

Cette semaine pour la rubrique Les petits métiers nous sommes allés à la rencontre d'Isabelle, potière urbaine de l'Atelier Pi situé au coeur du quartier des antiquaires à Grenoble.

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Les petits metiers

atelier pi

Un après-midi d'hiver nous enfourchons nos vélos et partons à la rencontre d'Isabelle Pevet. Nous démarrons l'interview un thé à la main, servi bien sûr, dans ses propres créations !

— Parcours d'une potière urbaine —

isabelle pevet - atelier pi

Isabelle est potière-céramiste, nous essayons avant tout de comprendre la différence entre ces deux dénominations. La céramique et la poterie sont liées à la même activité : conceptualiser des formes à partir de terres (d'argile, de terre cuite, de grès, de porcelaine, etc.) transformées par une cuisson à basse ou haute température. La différence est identique à celle de l'art mineur et de l'art majeur, résidant principalement dans l'intention du créateur. La céramique est associée à un art, le céramiste est un artiste produisant des créations artistiques - on fait donc ici appel à l'art majeur. La poterie désigne communément des objets en terre cuite réaliser par le travail et savoir-faire d'un artisan - on parle dans ce cas d'art mineur. Au bout du compte, l'important est surtout la finalité et l'utilité des créations : un art, un objet et pourquoi pas un objet d'art. Pour notre reportage, la sémantique est mélangée, entre poterie et céramique, le vocabulaire ne cesse d'évoluer ! 

Isabelle s'est d'ailleurs créée sa propre identité, elle nous explique : "je me fais appeler potière urbaine, car je suis une fille de la ville, en contraste avec le cliché du potier perché dans sa montagne". Arrivée à la poterie par les formes et le tour, elle était acheteuse de céramique, puis un été elle suit un stage de céramique qui finalement changera sa vie.


Elle obtient en 2011 son CAP à Paris chez Art & techniques Céramique, c'est une reconversion bien spontanée et non le résultat d'un burn-out. Isabelle était chercheur-chimiste dans l'industrie pharmaceutique. Plus précisément, elle était organicienne, mais sourire aux lèvres nous confie que tout ce qui est organique, brûle et disparaît maintenant dans son four. Par chance dans sa carrière, elle a l'opportunité de prendre un congé d'un an et suit des cours de poterie, de telle sorte qu'elle n'a jamais repris son ancien travail. Bien que les domaines soient éloignés, même lorsqu'elle était chimiste, elle avait cette satisfaction de faire quelque chose avec ses mains.

Voilà maintenant 7 ans qu'Isabelle est artisan, elle puise son inspiration dans tout ce qui l'entoure, autant de la nature que de l'alignement des immeubles. Passionnée de danse, elle trouve dans son métier une certaine chorégraphie liée au mouvement du tour. Un art et une matière offrant des possibilités, la créativité s'ajoute en complément d'une solide technique.  

— L'ART ET LA MATIÈRE —

La céramique requiert d'avoir des connaissances concernant les caractéristiques et les contraintes techniques des terres. Par exemple, il faut connaître les contraintes de retrait liées à la terre après cuisson. Compter un retrait de 5% à 7% pour la faïence après cuisson et 7% à 13% pour le grès. Le retrait n'est pas anodin, puisque la définition même de la céramique implique un changement de matière par effet de chaleur irrémédiable. 

Isabelle nous sensibilise aux vocabulaires de la poterie via les différentes étapes de fabrication. Nous parlons des terres, des outils et des procédés de réalisation. 

La porcelaine par exemple, est une terre à histoire, longtemps considérée comme l'or blanc. Une terre dont les caractéristiques séduisent aussi bien les artisans que les industriels. Une matière inerte à forte résistance, nécessitant un travail très technique. On la retrouve aussi bien pour l'art de la table que dans les dents, des œuvres d'art, et même dans les réacteurs d'avion ! La plus-value est créative, mais la porcelaine reste un matériau technique, même chez les industriels. Le secret de la porcelaine est dans la cuisson, elle résiste extrêmement à la chaleur, devient ainsi translucide et cassante. Moralité, plus les matériaux résistent à la chaleur, plus ils deviennent cassant. Isabelle se fournit en France, avec de la porcelaine de Limoges. La porcelaine est forcément une pâte fabriquée, très riche en kaolin, d'où le lien avec Limoges, une région célèbre pour ses mines de kaolin. Pour l'anecdote, Isabelle nous confie que la porcelaine anglaise est aussi appelée 'bone china', il est dit que l'on utilise des os pour renforcer la blancheur, un matériel différent de la porcelaine que l'on utilise chez nous.

Pour ce qui est de la technique, nous abordons le tournage, la technique de travail effectuée à la main sur le tour puis l'état-cuir, la consistance de la terre lors de son premier séchage. On parle ensuite de tournassage, c'est l'étape ou le potier ébarbe l'objet à l'état-cuir avant la première cuisson, afin d'éliminer les imperfections. C'est lors de cette étape que l'on peut encore travailler la terre et ainsi la décorer avant cuisson. La première cuisson en céramique est appelée le biscuit ou dégourdie, c'est d'ailleurs devenu un abus de langage avec le biscuit de Sèvre qui est une porcelaine sans émail. 

Le savoir-faire du potier est multiple et on reconnaît son travail à un ensemble d'éléments. Isabelle cite en exemple la difficulté de mener une cuisson en fonction du type ; une cuisson au feu de bois, au gaz ou encore une cuisson primitive seront totalement différentes. 

— L'atelier Pi —

Maintenant que l'on est au top niveau technique, nous pouvons nous concentrer sur l'atelier. Vous l'aurez compris, l'atelier d'une artisan-chimiste chérissant son savoir-faire et le respect de ses matières.

L'Atelier Pi est un atelier-boutique ou Isabelle réalise et vend ses créations, mais aussi enseigne son savoir à des débutants et confirmés potiers. Isabelle à une approche très moderne de la céramique, elle réalise ses propres émaux et modèles. Des créations minimalistes et épurées d'objets utilitaires : service de table, coquetiers et vases, qu'elle vend dans son atelier où lors de salons, comme celui d'Artisa à Grenoble. Vous avez même la possibilité de passer commande, c'est aussi ça l'avantage de la création artisanale - une réalisation sur-mesure.

Transmettre son savoir-faire est aussi une étape importante du travail de céramiste, "nous avons chacun nos pratiques, nos couleurs et notre style" explique Isabelle. Je suis exigeante et je tiens à respecter mon métier, enseigner les bons gestes et techniques, respecter les méthodes de production. Lors des cours, elle enseigne autant l'aspect théorique que pratique de la poterie. Plusieurs formules permettent de découvrir la céramique à l'Atelier Pi, des sessions ponctuelles pour une première approche, des stages d'initiation le week-end et des cours de tour/tournassage hebdomadaires permettent ainsi de vous perfectionner et confectionner des objets. Isabelle conseille de prendre un forfait de 5 cours, celui-ci laisse assez de temps pour réaliser des objets utilitaires, et ainsi repartir avec environ 3 créations ! 

 

Atelier Pi

Site internet

42, rue Très-Cloîtres, 38000 Grenoble