Les Petits Métiers : Sabine Guillaud, artisan tapissier

Dans Les Petits Métiers cette semaine, nous mettons l'accent sur un artisanat célèbre, le métier de tapissier. La tapisserie d'ameublement ou de décoration que nous connaissons aujourd'hui est héritière du savoir-faire développé à l'époque du Moyen-Âge. Au départ, la tapisserie a été introduite dans les châteaux pour le travail des rideaux et tapis. Très vite elle fut considérée comme un signe de distinction et de richesse pour les plus aisés, afin de se démarquer et de briller lors des fêtes et buffets. Le métier s'est étendu à l'habillage des lits, des courtepointes (couvertures piquées), puis enfin au mobilier tels que les fauteuils et canapés. 

Pour en savoir plus sur ce rare savoir-faire, nous vous invitons dans l'atelier de Sabine Guillaud, tapissier artisan d'art.

Les petits métiers

sabine guillaud, artisan tapissier

En quête de sens

Comme beaucoup aujourd'hui, Sabine est devenue artisan après une reconversion. Ces artisans des temps modernes quittent le 'métro boulot dodo' de postes à responsabilités et renoncent aux bons salaires pour un redonner sens à leur vie, un retour aux métiers manuels, à un savoir-faire traditionnel.

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Sabine Guillaud est architecte urbaniste de formation, l'architecture n'est pas si éloignée de la tapisserie, elle cultivait déjà une grande sensibilité pour l'art, l'esthétique et la décoration. 

Sabine découvre la tapisserie grâce à une amie lyonnaise, celle-ci l'initie au métier et lui donne le goût du geste et des techniques. Pour se former, elle intègre un atelier grenoblois abritant plusieurs générations de tapissiers. On lui transmet donc l'histoire de la tapisserie traditionnelle et le savoir-faire authentique des garnitures en crin, garnitures suspendues, garnitures piquées, les points de fonds etc. Sabine découvre alors les techniques d'origine et nous précise 'on ne se doute absolument pas de tout le travail réalisé quand on s'assoit sur un fauteuil ancien'. En 2015, elle obtient son CAP de tapissier pour finalement voler de ses propres ailes. 

'Mon projet n'est pas de restaurer des sièges mais d'apporter mon regard d'architecte et mes connaissances pour proposer des tissus résolument contemporains'. Sabine recherche le bon équilibre entre l'histoire du mobilier et les goûts de son propriétaire. 'L'idée n'est pas de dénaturer un fauteuil Louis XVI, mais de pouvoir lui donner une nouvelle image avec des tissus d'éditeurs haut de gamme et une réfection en traditionnel. J'associe les tissus en fonction de l'intérieur des clients, de l'ambiance et des goûts.' Être tapissier nécessite d'être à l'écoute et d'entretenir un bon relationnel avec les clients, pour cerner leurs attentes mais aussi proposer une réfection à leurs images. 

Le savoir-faire de la tapissière

Sabine ne soumet pas des tissus art déco sur des fauteuils Louis XIV, la géométrie de l'art déco dénote à l'époque Louis XIV plus florale et en rondeur. Les connaissances en histoire de l'art et décoration d'intérieur font aussi la force du tapissier, et particulièrement celle de Sabine !

Proposer une technique traditionnelle est un choix, en décidant de travailler le crin plutôt que la mousse, Sabine souhaite valoriser son artisanat et ce savoir-faire bien spécifique. L'utilisation du crin plutôt que de la mousse, ou encore de la semence (clou) plutôt que de l'agrafeuse, implique un temps de confection bien plus long. Pour Sabine, ce sont des partis pris, un message implicite dans le respect de la mémoire du meuble : la valeur de reprendre un siège ancien avec un savoir-faire d'époque.

Lorsqu'elle a choisi de se reconvertir, Sabine recherchait du sens, du manuel, revenir à l'essentiel, au concret, à l'histoire des choses. Perpétuer un artisanat autour d'un savoir-faire traditionnel et artistique n'est pas simple, cela implique beaucoup d'investissement. Il faut éduquer le particulier à ne pas avoir le résultat dans l'immédiat ou encore à comprendre l'aspect économique de la restauration. Acheter un fauteuil neuf peut effectivement s'avérer bien moins cher, mais l'intention est différente.

Sabine travaille sur une petite chaise de tapissier comme à l'époque, sans table d'élévation. Le savoir-faire s'étend de la sélection des tissus et des matériaux tels que des crins végétaux (provenant de la coco par exemple) et animaux (le crin de cheval), des ficelles et des cordes en lin, les choix des techniques comme la mise en crin, le guindage, les ressorts, la couture à la main, les finitions passepoils, la semence, les boutons à recouvrir ou capitonner, etc.

 L'atelier de Sabine Guillaud

L'atelier de Sabine Guillaud

Une histoire de transmission

Le siège est un patrimoine, il est chargé d'histoire, celle d'une famille, de plusieurs générations. L'histoire d'un fauteuil fait partie de la passion du tapissier, Sabine est curieuse de découvrir l'histoire de chaque pièce, c'est aussi ce qui les rend uniques. Par exemple lorsque l'on s'assoit sur un fauteuil avec une garniture en crin, le rembourrage est particulier, on arrive presque à entendre le bruit des fibres en se relevant.

Sabine nous raconte une anecdote, elle refait des fauteuils studio des années 40 et en dégarnissant les sièges, elle tombe sur une toile de jute avec l'estampille nazie sur la toile. 'C'était une toile de sac à patate datant de la guerre qui avait été récupérée pour la confection du fauteuil, car il y avait surement un manque de matériaux à l'époque. J'ai bien informé le client et j'ai même conservé ce souvenir à l'intérieur en refaisant le siège. Cela fait partie de son histoire ! C'est ce que j'aime dans mon métier, c'est du sur-mesure, ce n'est pas du jetable pour le coup.'

Si la garniture d'époque n'est pas déformée, Sabine conserve au maximum la garniture d'origine, ce qui rajoute un plus à l'histoire du fauteuil. Elle respecte la période du siège et peut ainsi adapter ses techniques en fonction. La garniture à l'ancienne est aussi un gage de qualité permettant d'offrir à l'assise une plus longue durée de vie. Le soucis du détail et les finitions apportent une autre dimension, permettant de personnaliser mais aussi de mettre en valeur le siège. 

Une démarche bien lointaine de notre société de consommation, où l'on redonne vie aux mobiliers et où l'on transmet les objets. 

 

Pour retrouver le travail de Sabine Guillaud, par ici sur son site .