Les Petits Métiers : l'atelier du luthier

Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de Nicolas Démarais, pour découvrir un métier confidentiel, celui de Luthier.

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les petits métiers

nicolas démarais -luthier

Un métier confidentiel

On compte environ 400 luthiers en France, exerçant principalement au sein de petits ateliers (majoritairement de 1 à trois salariés).  S'installer en tant que luthier est de plus en plus difficile, notre société actuelle y étant aussi pour quelque chose. Les jeunes générations ont une culture différente de la musique, intégrant de moins en moins les orchestres, l'essor de la vente en ligne est un facteur imputant l'économie du secteur : des sites internet proposant des contrefaçons ou encore des instruments de seconde main fabriqués en Asie par exemple. Le consommateur étant attiré par les faibles tarifs, n'est cependant pas assuré de la qualité des instruments. Il est devenu de plus en plus difficile pour les luthiers de favoriser le prix de la main d'oeuvre en France. 

Nicolas Démarais est issu d'une famille de musiciens, originaire de la région Parisienne. Depuis l'enfance, il aimait comprendre le fonctionnement des choses, comme ses montres qu'il s'amusait à démonter pour en connaître les mécanismes. Pratiquant lui-même le violon en amateur et en orchestre, il se passionne pour sa confection et sans hésitation, il se destine au métier de luthier.

Il intégrera l'école nationale de lutherie de Mirecourt, unique école de lutherie de France dont la réputation n'est plus à faire. La ville de Mirecourt est le berceau de la lutherie française, accueillant luthiers et archetiers depuis le XVIIème siècle. Les 'faiseurs de violon' comme ils se faisaient appeler, généraient une activité économique et culturelle importante à Mirecourt, permettant ainsi au XVIIIème siècle la reconnaissance de cet artisanat dans toute la France. Mirecourt reste la capitale française de la lutherie aujourd'hui : avec une école et un musée de la lutherie, mais aussi des ateliers pour confectionner les instruments à cordes. 

Nicolas obtient un Brevet de Technicien, alors que de nos jours les élèves ont un Diplôme des Métiers d'Art. Les cours étaient partagés entre cours de musique, pour la culture du métier et pratique en atelier. La sélection reste importante dans cette école, la pratique de l'instrument est bien-sûr requise, tout comme les motivations du candidat à exercer le métier de luthier. Un métier de passion où la connaissance de l'instrument et de la musique est aussi importante que le rapport aux clients, nous explique Nicolas. En effet, réaliser un modèle sur mesure, nécessite de prendre en compte le futur propriétaire, afin d'adapter l'objet à sa pratique. 

Un savoir-faire entre culture de la musique et de l'instrument 

Le savoir-faire de luthier se base sur l'expérience de celui-ci et sa sensibilité. Les simples connaissances de la formation ne suffisent pas à exceller dans cet artisanat d'art. Comme pour beaucoup de métiers, il faut plusieurs années d'expérience et de transmission pour assurer une maîtrise du travail. La forme de l'instrument, le galbe dans les voutes influent sur la vibration, ou encore le choix du bois : érable, épicéa ou encore ébène pour la sculpture et enfin le vernis appliqué sont des facteurs contribuant à la qualité et l'acoustique finale de l'objet. 

À l'atelier de Nicolas Démarais, ils fabriquent, restaurent et entretiennent des violons, violoncelles et altos. Compter environ 200 heures de travail et une dizaine de milliers d'euros pour la réalisation d'un violon et 400 heures pour un violoncelle sur-mesure. Bien que cela soit de plus en plus rare - environ deux créations par an - cette partie reste la plus passionnante, permettant de créer l'instrument correspondant aux attentes et besoins d'un musicien exigeant. 

Le luthier est là en support de l'artiste, il est par exemple conseillé d'amener son instrument une fois par an en révision. Pour l'entretien 'quotidien', le luthier a aussi un rôle de conseil, sur les bonnes pratiques et produits pour prendre soin de son instrument. C'est un échange personnalisé avec les clients qui se crée, ensemble ils partagent ce respect du bel objet et une sensibilité à la musique. 

Nicolas Démarais, associe à son métier de luthier celui de chercheur. En effet, en plus du savoir-faire traditionnel, il rechercha durant sa carrière des innovations pour améliorer l'accoustique de son instrument. Il n'est d'ailleurs pas le seul, depuis le 19ème siècle, plusieurs chercheurs tentent de trouver des révolutions techniques. Cependant, comme le précise Nicolas "les découvertes du 17ème siècle, restent les meilleures !".

L'atelier de lutherie

Après plusieurs années à  travailler pour le compte d'un luthier, Nicolas Démarais s'installe à Grenoble et reprend l'atelier en 2001. Depuis 6 ans il exerce dans cette grande et lumineuse boutique de la rue du Docteur Mazet, avec Cyrielle son employée. Cyrielle a toujours voulu devenir luthière, lorsqu'enfant elle chine un petit violon en brocante, elle sait qu'elle sera destinée à ce métier. Formée en Angleterre, elle espère un jour aussi ouvrir son propre atelier. En plus de la restauration et fabrication, l'atelier propose des instruments d'étude pour les enfants et la location de plus de 300 instruments. La location est une belle alternative à l'achat, idéale pour les débutants. En louant son matériel à l'atelier, le musicien est assuré de la qualité et de l'entretien, en respectant sa pratique. 

Pour ce qui est de l'achat, l'atelier propose des modèles anciens et plus récents, en provenance de Mirecourt et d'Allemagne. Nicolas restaure régulièrement des modèles qu'il déniche lui-même. 

Nicolas essaye de faire vivre son atelier différemment en proposant une salle pour donner des cours ou encore organiser des concerts. Conscient des tendances de consommation, il sortira pour 2018 un nouveau site internet, proposant la vente de ses instruments en ligne. 

 

 

Atelier de lutherie Nicolas Démarais 

Site web 

13 rue Docteur Mazet
38000 GRENOBLE