Les Petits Métiers : Ganterie Lesdiguières-Barnier

Les Petits Métiers s'attaquent au patrimoine artisanal grenoblois et sa célèbre réputation de capitale de la ganterie. Nous sommes allés rencontrer Jean Strazzeri, artisan-gantier engagé dans la promotion de ce savoir-faire. Avec sa femme et sa fille ils représentent la dernière génération de centre gantier de la région.

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LE PATRIMOINE ISEROIS DE LA GANTERIE

Au 19ème siècle, Grenoble a gagné la réputation de capitale mondiale de la ganterie, une renommée gagnée avec le gant en peau de chevreau. Pendant plus de deux siècles la moitié de la ville travaillait pour la ganterie, des gants de luxe de fabrication artisanale.

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Jean Strazzeri est le dernier représentant de cet héritage. Il est a la tête de plusieurs grandes maisons dont la Ganterie Lesdiguières où il a commencé sa formation en 1964 après un CAP de coupeur de gants. Il reprend en 1979 la direction de ganterie puis en 1994 celle de la ganterie Barnier à Fontaine, près de Grenoble. Cette même année, il devient le Président de la Chambre Syndicale des fabricants de gants de Grenoble.

Depuis 1964 Jean n'a connu que la crise et les aléas économiques, il y avait des licenciements constants dans la ganterie. Il fallait donc pallier au manque d'effectif et ainsi apprendre de nouvelles tâches. 

À l'époque, il y avait plus de 50 employés dans la ganterie, tous dédiés à une tâche particulière de manière répétitive. Certains avaient une mission de coupeur, de couturière, ou encore de repasseur. L'ouverture vers le marché asiatique et la mondialisation ont permis d'avoir accès à une main d'oeuvre moins onéreuse. La ganterie est passée de l'artisanat à l'industrie.

PERPETUER UN SAVOIR-FAIRE TRADITIONNEL 

Jean perpétue cette tradition de gantier en achetant ses peaux à l'abattoir de Grenoble, puis en les envoyant chez son mégissier à Saint-Junien, à plus de 530km. Il n'existe plus que trois centres gantiers en France : Saint-Junien en Haute-Vienne, Millau dans l'Aveyron, et Grenoble en Isère. Le plus grand gantier aujourd'hui se trouve à Saint-Junien avec un mégissier sur place. Jean travaille avec cette entreprise car il tient à exercer son travail en respectant les savoir-faire traditionnels, comme la sélection des peaux.

Jean travaille la peau de chevreau pour un effet seconde peau ! Cette peau très souple permet d'être travaillée tout en conservant sa finesse et sa robustesse. Un gant sur-mesure qui habille et moule parfaitement la main. 

Jean achète des peaux brutes qui seront ensuite triées et envoyées chez le mégissier. La mégisserie est un terme technique comme le tannage. La différence étant que le mégissier ne travaille que les petites peaux très souples, alors que le tanneur travaillera des cuirs rigides, des peaux de vache, par exemple. 

Après tannage, les peaux reviennent, puis sur les 600 peaux Jean fait un tri en blanc, car les peaux sont toutes incolores à cette étape. Une pile pour la couleur noire, une autre pour les couleurs sombres, une troisième pile pour les couleurs demi-teinte pastels, et finalement la dernière pour utiliser le côté chair au lieu du côté fleur et ainsi faire du velours.

Jean renvoie ensuite ses peaux chez le mégissier qui s'avère aussi être le teinturier. Une fois la teinture effectuée Jean fait une dernière sélection des peaux pour déterminer combien de gants seront faits dans les peaux. Il envoie ensuite ses peaux au coupeur, qui coupera les paires à la bonne taille et longueur. Vient ensuite la couture, la surpiqûre et la broderie. Deux gammes seront réalisées : la collection classique et la collection fantaisie.

LA TRANSMISSION POUR GARANTIR L'avenir de la profession

Jean travaille en France et à l'international, cependant il n'a pas les capacités nécessaires pour se développer d'avantage et produire, malgré de fortes demandes. Si Jean Strazzeri avait plus de personnel formé il pourrait produire 3 fois plus, approvisionner de grandes maisons et participer à des salons internationaux. Dans la ganterie il y avait environ deux tiers des employés qui se trouvaient à domicile, le coupeur et les couturières de Jean travaillent toujours de chez eux. 

Il n'y a pas de formation dédiée au métier de gantier, Jean oeuvre dans le but de transmettre son métier et son savoir-faire. Pour cela, il forme des formatrices/teurs pour apprendre aux élèves le métier, comme le CTC Centre Technique du Cuir et au Lycée du Dauphiné à Roman ou les métiers du cuir sont déjà enseignés comme celui de maroquinier ou de chausseur. Chaque formation requiert une partie en entreprise donc en atelier, il est primordial que les ganteries puissent recevoir des élèves, ouvrir un centre de formation est donc l'objectif !

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Jean Strazzeri s'est donc impliqué dans la défense et la transmission de son métier pour pérenniser l'héritage gantier. Il propose des visites de son atelier et souhaite ouvrir un musée-école au métier de gantier de tradition. Il multiplie les prix et distinctions, il est très actif pour sa profession. En 2000, il obtient le titre de Meilleur Ouvrier de France, puis en 2003, Jean est Lauréat du prix de l’intelligence de la main Liliane Bettencourt. 

 

Le 14 Juillet 2010, il est nommé au grade de Chevalier de l'ordre National de la Légion d'Honneur par le Ministère du Travail. En 2011, il est nommé administrateur au Conseil National du Cuir et au Centre Technique du Cuir et en 2016 Président de la Commission du Développement Economique de la filière du cuir français.

Jean Strazzeri se bat pour préserver la mémoire de ce métier d’art emblème du patrimoine Grenoblois.

 

La boutique 

10 Rue Voltaire

38000 Grenoble

L'atelier

21 rue Gabriel Péri

38600 Fontaine

 

 

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